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Succession en Belgique : Comment Hériter et Quelles Sont les Étapes ?

Chaque année en Belgique, plus de 130.000 successions s'ouvrent à la suite d'un décès. Pourtant, peu de familles savent réellement à quoi s'attendre : qui hérite de quoi, dans quel délai, et combien ça coûte. Résultat ? Des erreurs coûteuses, des délais manqués, et parfois des conflits qui brisent des liens familiaux pour des années. Une succession en Belgique, c'est bien plus qu'un simple transfert de biens. C'est un processus juridique encadré par le Code civil belge — articles 870 et suivants — qui suit des règles précises, avec des délais à respecter, des taxes à payer et des décisions lourdes de conséquences. Accepter une succession endettée sans précaution, c'est risquer de rembourser les dettes du défunt avec votre propre argent. Renoncer à tort, c'est peut-être laisser partir un héritage qui vous revenait de droit. Que vous soyez héritier d'une succession qui vient de s'ouvrir, ou que vous planifiiez l'avenir de vos proches, ce guide vous explique tout — clairement, concrètement, sans jargon inutile — pour que vous puissiez naviguer le processus successoral belge en toute connaissance de cause.

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Mis à jour : 2026-02-21
Succession en Belgique : Comment Hériter et Quelles Sont les Étapes ?

Qu'est-ce qu'une succession en Belgique ?

Le moment est souvent brutal : un proche décède, et très vite — parfois dans les jours qui suivent — des questions pratiques s'imposent. Qu'advient-il de son appartement, de ses comptes en banque, de ses dettes ? C'est exactement ce que règle la succession belgique : le transfert légal du patrimoine d'une personne décédée vers ses héritiers.

En droit belge, une succession en Belgique s'ouvre automatiquement au moment du décès — pas besoin de démarche particulière pour la déclencher. Le défunt s'appelle le de cujus (expression latine encore utilisée dans les tribunaux belges), et son patrimoine — actif et passif confondus — est transmis à ses héritiers. Oui, les dettes aussi. C'est l'une des réalités que beaucoup d'héritiers découvrent trop tard.

Succession légale ou testamentaire : quelle différence ?

Il existe deux grandes façons dont une succession peut se dérouler en Belgique.

Premièrement, la succession légale (ou ab intestat) : c'est la règle qui s'applique quand le défunt n'a pas laissé de testament. La loi détermine alors qui hérite et dans quelle proportion, selon un ordre précis défini aux articles 870 et suivants du Code civil belge.

Deuxièmement, la succession testamentaire : le défunt a rédigé un testament — olographe, authentique ou dans certains cas international — qui précise ses volontés. Mais attention : même avec un testament, la liberté du défunt n'est pas totale. La loi protège certains héritiers — les enfants notamment — via la réserve héréditaire (article 871 du Code civil), une portion du patrimoine dont on ne peut pas les priver, quoi qu'il arrive.

Concrètement, si vous êtes enfant unique, votre réserve est d'un demi de la succession. Si vous êtes deux enfants, elle est de deux tiers au total. Votre parent ne pouvait donc pas tout léguer à une association caritative ou à un nouveau compagnon sans violer vos droits légaux. Dans les situations familiales complexes, notamment après un divorce en Belgique, ces questions deviennent particulièrement sensibles et méritent une attention juridique spécifique.

Accepter ou renoncer à une succession

On imagine souvent qu'hériter est une bonne nouvelle. Mais certaines successions cachent des dettes qui dépassent les actifs — et accepter sans réfléchir peut vous coûter très cher. La loi belge vous offre heureusement trois options, et vous disposez d'un délai pour choisir comment hériter.

Les trois options à votre disposition

L'acceptation pure et simple : vous acceptez l'intégralité du patrimoine, actif et passif. Si le défunt avait 50.000 € de dettes et seulement 20.000 € d'actifs, vous devrez combler la différence avec vos propres deniers. C'est la voie la plus simple, mais la plus risquée si la situation financière du défunt est floue.

L'acceptation sous bénéfice d'inventaire : c'est la voie prudente — et souvent la meilleure quand vous avez des doutes. Vous acceptez la succession, mais votre responsabilité pour les dettes est limitée à la valeur des actifs hérités. Un notaire dresse un inventaire complet du patrimoine. Cette procédure coûte entre 500 € et 2.000 € selon la complexité, mais elle vous protège efficacement.

La renonciation : vous renoncez à tous vos droits sur la succession, comme si vous n'aviez jamais été héritier. Vous n'héritez de rien — ni actif, ni dette. Vos propres enfants peuvent alors prendre votre place par représentation.

Les délais : ne les ratez pas

Vous avez en principe 3 mois à compter du décès pour prendre position — un délai qui peut être prolongé par le tribunal si vous en faites la demande. Pendant ce temps, aucun créancier ne peut vous contraindre. Mais si vous posez des actes de propriétaire sur les biens (revendre un meuble, encaisser un loyer), vous serez réputé avoir accepté tacitement.

Besoin d'aide pour évaluer comment hériter ? Un avocat spécialisé en droit successoral peut vous guider. Si les frais vous préoccupent, sachez que vous pouvez également demander une aide juridique Pro Deo en Belgique selon vos revenus.

Les droits de succession à payer en Belgique

C'est souvent la question qui inquiète le plus : combien ça va coûter ? En Belgique, les droits de succession sont une matière régionale — ce sont les Régions (Wallonie, Flandre, Bruxelles-Capitale) qui fixent les tarifs, et ils diffèrent parfois significativement d'une région à l'autre. La résidence fiscale du défunt — et non celle des héritiers — détermine quelle région est compétente.

Les tarifs : ce qui change selon votre lien de parenté

Le principe est simple : plus vous êtes proche du défunt, moins vous payez. Et inversement.

En Région bruxelloise, à titre d'exemple :

  • Entre époux et cohabitants légaux : de 3% (jusqu'à 50.000 €) à 30% (au-delà de 500.000 €)
  • En ligne directe (parents-enfants) : de 3% à 30% selon les tranches
  • Entre frères et sœurs : de 20% à 65% — oui, jusqu'à 65%
  • Entre étrangers (pas de lien de parenté) : de 40% à 80%

La Wallonie et la Flandre appliquent des grilles légèrement différentes, avec certaines exonérations spécifiques — notamment en Flandre pour la transmission d'une entreprise familiale, qui peut bénéficier d'un taux réduit de 3% sous conditions strictes.

Ce que vous pouvez déduire

Certaines charges du défunt sont déductibles de la base taxable : les dettes prouvées, les frais funéraires (dans une certaine limite), et dans certains cas les charges hypothécaires. Un notaire ou un avocat fiscaliste peut optimiser légalement votre situation et réduire la facture.

Biens immobiliers : attention aux délais de paiement

Les droits de succession doivent être payés dans les 2 mois suivant l'enregistrement de la déclaration de succession. Des facilités de paiement existent, mais elles doivent être demandées explicitement. Certaines banques proposent également des crédits spécifiques pour financer ces droits quand les héritiers manquent de liquidités — un cas fréquent quand l'héritage est surtout immobilier. Consultez notre guide sur les frais et taxes lors d'une vente immobilière en Belgique pour mieux comprendre les enjeux fiscaux liés aux biens immobiliers.

Conflits entre héritiers : comment les résoudre

On aimerait que le décès d'un proche n'engendre que de la tristesse. La réalité est souvent plus âpre : les successions sont un terrain fertile aux disputes — sur l'évaluation d'un bien, sur des donations antérieures, sur les volontés du défunt, ou simplement sur de vieilles rancœurs familiales qui resurissent au pire moment.

En Belgique, les conflits successoraux sont parmi les litiges familiaux les plus fréquents devant les tribunaux. Mais saisir immédiatement le juge n'est pas toujours la meilleure solution — ni la plus rapide, ni la moins coûteuse.

La médiation : la voie à privilégier

Avant d'aller au tribunal, la médiation familiale est une alternative sérieuse. Un médiateur agréé — souvent un avocat ou un notaire spécialisé — facilite le dialogue entre héritiers et les aide à trouver un accord. En pratique, une médiation coûte entre 1.500 € et 5.000 € selon la durée, à partager entre les parties. Elle prend généralement 2 à 6 mois. C'est infiniment moins long et moins cher qu'un procès.

Le partage judiciaire : quand il n'y a pas d'autre issue

Si la médiation échoue ou si un héritier refuse tout dialogue, il faut passer devant le tribunal de la famille — compétent pour tous les litiges successoraux depuis la réforme du Code judiciaire de 2014. La procédure commence par une tentative de conciliation obligatoire. Si elle échoue, le juge nomme un notaire liquidateur chargé d'organiser le partage.

Soyons honnêtes : une procédure judiciaire de partage peut durer entre 3 et 7 ans dans les cas complexes, avec des frais d'avocat et de procédure qui peuvent dépasser les 15.000 à 30.000 € par partie. C'est un choix de dernier recours.

Les situations les plus conflictuelles

Certains scénarios génèrent des conflits à répétition :

  • Les donations antérieures non rapportées à la succession (le défunt avait-il déjà donné des biens à l'un des enfants ?)
  • La réduction des libéralités : quand un testament ou une donation viole la réserve héréditaire des enfants
  • Les testaments litigieux : testament olographe mal rédigé, capacité mentale du défunt contestée, codicilles contradictoires
  • L'indivision forcée : quand des héritiers refusent de vendre un bien immobilier que d'autres veulent réaliser

Face à l'un de ces scénarios, l'intervention d'un avocat spécialisé en droit successoral change radicalement la donne — en termes de rapidité, de coût, et souvent de préservation des relations familiales. Consultez un avocat en droit des successions avant que la situation ne dégénère.

Questions fréquentes

Combien de temps ai-je pour accepter ou renoncer à une succession en Belgique ?

En principe, vous disposez de 3 mois à compter du décès pour prendre position. Ce délai peut être prolongé sur demande au tribunal. Attention : certains actes — encaisser un loyer, vendre un bien — peuvent valoir acceptation tacite, même avant la fin du délai.

Suis-je obligé de faire appel à un notaire pour une succession ?

Le notaire est obligatoire dès qu'il y a des biens immobiliers dans la succession. Pour les successions mobilières simples entre héritiers d'accord, un acte d'hérédité peut parfois suffire. En pratique, même sans obligation légale, le notaire est fortement recommandé pour éviter les erreurs et les litiges ultérieurs.

Que se passe-t-il si je ne dépose pas ma déclaration de succession dans les délais ?

Des intérêts de retard de 7% par an s'appliquent automatiquement sur les droits dus. Le délai standard est de 4 mois à partir du décès si celui-ci a eu lieu en Belgique. Des amendes administratives peuvent également s'ajouter selon la région compétente.

Mon partenaire de vie (cohabitant de fait) hérite-t-il automatiquement si je décède sans testament ?

Non. Les cohabitants de fait n'ont aucun droit successoral légal automatique en Belgique. Sans testament, votre partenaire n'hérite de rien. Si vous souhaitez le protéger, un testament est indispensable — mais sachez qu'il ne peut pas recevoir plus que la quotité disponible si vous avez des enfants.

Peut-on contester un testament en Belgique ?

Oui. Un testament peut être contesté pour plusieurs raisons : incapacité mentale du testateur au moment de la rédaction, vices du consentement (pression, manipulation), non-respect des formes légales, ou violation de la réserve héréditaire des enfants. La contestation se fait devant le tribunal de la famille, et un avocat spécialisé est indispensable.

Comment éviter de payer trop de droits de succession ?

Plusieurs stratégies légales existent : la donation (les donations faites plus de 3 ans avant le décès échappent en principe aux droits de succession), l'assurance-vie (dont le capital peut être transmis hors succession), ou des mécanismes comme le pacte successoral. Ces stratégies doivent être mises en place du vivant du défunt, avec l'aide d'un notaire ou d'un avocat fiscaliste.

Que signifie hériter 'sous bénéfice d'inventaire' et est-ce toujours utile ?

C'est une forme d'acceptation qui limite votre responsabilité aux dettes à la valeur des actifs hérités. Vous ne risquez jamais de payer les dettes du défunt avec votre propre argent. C'est particulièrement utile quand vous ignorez l'ampleur réelle des dettes du défunt — et cela coûte entre 500 € et 2.000 € en frais de notaire.

La succession en Belgique est-elle la même dans toutes les régions ?

Non. Les règles civiles (qui hérite, dans quel ordre) sont fédérales et s'appliquent partout. Mais les droits de succession (les taxes) sont régionaux. Les tarifs, exonérations et réductions varient entre la Wallonie, la Flandre et Bruxelles-Capitale. C'est la région de résidence fiscale du défunt qui détermine quelle réglementation s'applique.

Quand consulter un avocat ?

  • Vous venez d'apprendre un décès et ne savez pas si la succession cache des dettes importantes
  • Un testament vous semble contraire à vos droits légaux ou à la réserve héréditaire
  • Un conflit entre héritiers menace de bloquer le règlement de la succession
  • Vous souhaitez planifier votre propre succession pour protéger vos proches

Un avocat spécialisé en successions peut changer la donne

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