
Retrait de Permis en Belgique : Procédures, Recours et Récupération
Chaque jour en Belgique, les tribunaux prononcent près de 300 déchéances du droit de conduire. À l'échelle d'une année, ce sont plus de 105.000 conducteurs qui se voient retirer leur permis – un chiffre qui donne le vertige. Si vous faites partie de ces automobilistes confrontés à cette situation, ou si vous craignez de l'être après un contrôle routier, ce guide vous explique concrètement ce qui vous attend. Car entre le retrait immédiat par la police et la déchéance prononcée par un juge, les conséquences, les délais et les recours diffèrent considérablement.
Sommaire (7 sections)
- 01Retrait immédiat et déchéance : deux réalités différentes
- 02Les infractions qui entraînent un retrait de permis
- 03La procédure de récupération : examens et délais
- 04Les coûts réels d'un retrait de permis
- 05Comment contester un retrait de permis
- 06Le rôle de l'avocat en droit de la circulation
- 07Questions fréquentes
Retrait immédiat et déchéance : deux réalités différentes
La confusion est fréquente, et pourtant la distinction est fondamentale. Le retrait immédiat du permis est une mesure administrative prise sur-le-champ par la police lors d'un contrôle. Pas de juge, pas de procédure : le policier constate l'infraction et retire physiquement votre permis. Cette mesure est temporaire – généralement 15 jours – et vise à écarter un danger immédiat de la route.
La déchéance du droit de conduire, en revanche, est une sanction pénale prononcée par le tribunal de police. Elle intervient après une procédure judiciaire et peut durer de 8 jours à 5 ans, voire être définitive dans les cas les plus graves. C'est le juge qui décide, après avoir entendu votre défense.
Concrètement, vous pouvez cumuler les deux : un retrait immédiat de 15 jours suivi, quelques mois plus tard, d'une déchéance judiciaire de plusieurs mois. Les périodes ne se compensent pas automatiquement – c'est une réalité que beaucoup de conducteurs découvrent avec amertume.
Les infractions qui entraînent un retrait de permis
Depuis le 1er juin 2023, les règles se sont durcies. Le retrait immédiat de 15 jours s'applique désormais dès 0,50 mg/l d'alcool dans l'air expiré (contre 0,65 mg/l auparavant), soit environ 1,2‰ dans le sang. Au-delà de 0,78 mg/l (1,8‰), le retrait peut atteindre 6 heures à 15 jours selon l'appréciation de la police et du parquet.
Mais l'alcool n'est pas la seule cause. Voici les situations qui déclenchent systématiquement un retrait immédiat :
• Excès de vitesse supérieur à 40 km/h sur route ordinaire ou 30 km/h en agglomération • Conduite sous influence de drogues (test salivaire positif) • Délit de fuite après accident • Conduite malgré une déchéance en cours • Refus de se soumettre à un test d'alcoolémie ou de drogue
Pour la déchéance judiciaire, le tribunal de police prononce obligatoirement cette sanction pour les infractions du 4e degré : excès de vitesse de plus de 40 km/h, alcoolémie grave, récidive dans les 3 ans. En 2023, plus de 80% des 8,4 millions d'infractions routières constatées concernaient des excès de vitesse.
La procédure de récupération : examens et délais
Récupérer son permis après une déchéance n'est pas automatique. Le juge peut – et dans certains cas doit – conditionner la réintégration à la réussite d'examens. C'est notamment obligatoire en cas d'ivresse au volant ou de récidive.
Les examens de réintégration se déroulent dans des centres agréés : VIAS (ex-IBSR), ExpertConsult, IPMT ou Accès Conduite. Ils comprennent deux volets :
𝗘𝘅𝗮𝗺𝗲𝗻 𝗽𝘀𝘆𝗰𝗵𝗼𝗹𝗼𝗴𝗶𝗾𝘂𝗲 : questionnaires sur votre consommation d'alcool, de drogues, votre personnalité au volant. Des tests informatisés mesurent vos temps de réaction et votre capacité à évaluer les risques.
𝗘𝘅𝗮𝗺𝗲𝗻 𝗺𝗲́𝗱𝗶𝗰𝗮𝗹 : évaluation de votre aptitude physique à conduire, notamment si l'alcool ou les drogues ont pu affecter vos capacités.
À l'issue des examens, le médecin et le psychologue rendent un avis conjoint. Si vous êtes déclaré apte, vous pouvez récupérer votre permis au tribunal dès la fin de votre période de déchéance. Si vous êtes déclaré inapte, vous devrez attendre 6 mois avant de repasser les examens.
À partir de janvier 2026, le coût total des examens de réintégration passera à 550€ (425€ pour le volet psychologique, 125€ pour le volet médical).
Les coûts réels d'un retrait de permis
Au-delà de l'amende initiale, le retrait de permis génère une cascade de frais que beaucoup sous-estiment.
𝗔𝗺𝗲𝗻𝗱𝗲𝘀 𝗲𝘁 𝗽𝗲𝗿𝗰𝗲𝗽𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗶𝗺𝗺𝗲́𝗱𝗶𝗮𝘁𝗲𝘀 : • Alcoolémie 0,8‰ à 1,2‰ : 400€ • Alcoolémie 1,2‰ à 1,5‰ : 550€ • Alcoolémie > 1,5‰ : tribunal obligatoire, amende de 1.600€ à 16.000€ • Récidive alcool dans les 3 ans : 3.000€ à 40.000€
𝗙𝗿𝗮𝗶𝘀 𝗱𝗲 𝗷𝘂𝘀𝘁𝗶𝗰𝗲 : • Contribution au fonds d'aide aux victimes • Frais de dossier et de greffe
𝗘𝘅𝗮𝗺𝗲𝗻𝘀 𝗱𝗲 𝗿𝗲́𝗶𝗻𝘁𝗲́𝗴𝗿𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 : 550€ (à partir de 2026)
𝗛𝗼𝗻𝗼𝗿𝗮𝗶𝗿𝗲𝘀 𝗱'𝗮𝘃𝗼𝗰𝗮𝘁 : entre 150€ et 300€ de l'heure selon l'expérience et la complexité du dossier. Pour une défense complète devant le tribunal de police, comptez entre 800€ et 2.500€.
Sans oublier les coûts indirects : perte de revenus si votre emploi nécessite le permis, frais de transport alternatif, impact sur votre assurance auto qui peut résilier votre contrat ou majorer drastiquement votre prime.
Le rôle de l'avocat en droit de la circulation
Face au tribunal de police, vous n'êtes pas obligé d'être assisté d'un avocat. Mais dans la pratique, s'y présenter seul est rarement une bonne idée. Le droit de la circulation est technique, les enjeux sont lourds, et le juge voit défiler des dizaines de dossiers par audience.
Un avocat spécialisé en droit de la circulation connaît les subtilités de la procédure. Il sait quels arguments portent devant quel juge. Il peut identifier des irrégularités dans votre dossier que vous n'auriez jamais repérées : un problème de compétence territoriale, une erreur dans la chaîne de calibration de l'éthylotest, un vice de forme dans la convocation.
Surtout, l'avocat peut négocier. Avant l'audience, il peut contacter le parquet pour proposer une transaction ou plaider des circonstances atténuantes. Pendant l'audience, il peut demander le sursis – votre déchéance ne sera pas exécutée si vous ne commettez plus d'infraction grave pendant un délai d'épreuve.
Votre présence à l'audience n'est d'ailleurs pas obligatoire si vous êtes représenté par un avocat. Ce dernier dispose d'un mandat qui lui permet de plaider en votre nom. Pour les professionnels de la route – chauffeurs, commerciaux, artisans – dont l'emploi dépend du permis, cette représentation spécialisée n'est pas un luxe, c'est une nécessité.
Questions fréquentes
Combien de temps dure un retrait immédiat de permis ?
Le retrait immédiat par la police dure généralement 15 jours. Passé ce délai, si le parquet n'a pas prolongé la mesure, vous pouvez récupérer votre permis au commissariat. Attention : cela ne préjuge pas d'une éventuelle déchéance judiciaire qui interviendra plus tard.
Puis-je conduire pendant ma déchéance pour aller au travail ?
Non, sauf si le juge a expressément accordé un permis limité aux trajets professionnels – ce qui est rare et nécessite de prouver une nécessité absolue. Conduire malgré une déchéance est un délit passible de prison et d'une amende pouvant atteindre 40.000€.
Les examens de réintégration sont-ils obligatoires ?
Pas systématiquement. Le juge les impose obligatoirement en cas d'ivresse au volant ou de récidive. Pour d'autres infractions, il peut les ordonner s'il l'estime nécessaire. Si vous échouez, vous devez attendre 6 mois avant de les repasser.
Mon employeur peut-il me licencier si je perds mon permis ?
Si le permis est indispensable à votre fonction (chauffeur, commercial, livreur), la déchéance peut constituer un motif de licenciement. C'est pourquoi il est crucial de vous faire défendre pour minimiser la durée de la déchéance ou obtenir un permis limité.
Que se passe-t-il si je refuse le test d'alcoolémie ?
Le refus est assimilé à une infraction du 4e degré. Vous serez convoqué au tribunal de police et risquez une déchéance obligatoire de 8 jours à 5 ans, plus une amende pouvant aller jusqu'à 16.000€. Refuser n'est jamais une bonne stratégie.
Ma déchéance belge est-elle valable à l'étranger ?
La déchéance prononcée en Belgique s'applique sur le territoire belge. Cependant, si vous conduisez avec un permis étranger en Belgique pendant votre déchéance, vous commettez une infraction. À l'étranger, tout dépend des conventions bilatérales et des contrôles locaux.
Quand consulter un avocat ?
- Retrait immédiat de votre permis après un contrôle
- Convocation au tribunal de police pour infraction routière
- Besoin de contester une déchéance ou d'obtenir un sursis
- Votre emploi dépend de votre permis de conduire
- Vous devez passer les examens de réintégration
Sources et références
Mis à jour : 2025-02- SPF Mobilité - Déchéance du droit de conduire — Informations officielles sur la déchéance du droit de conduire
- Police Fédérale - Statistiques de circulation 2023 — Données officielles sur les infractions routières en Belgique
- VIAS Institute - Examens de réintégration — Procédure et déroulement des examens de réintégration
- SPF Mobilité - Amendes et perceptions immédiates — Barème officiel des amendes routières
- SPF Justice - Réforme du Code de la route — Durcissement des sanctions routières
Comment contester un retrait de permis
Contester un retrait immédiat est difficile mais pas impossible. Cette mesure administrative peut faire l'objet d'un recours auprès du Procureur du Roi dans les plus brefs délais. Votre avocat peut argumenter sur des vices de procédure : appareil de mesure non étalonné, non-respect du délai légal entre deux souffles, absence de mention des droits...
Pour la déchéance judiciaire, vous disposez de plusieurs leviers :
𝗔𝘃𝗮𝗻𝘁 𝗹𝗲 𝗷𝘂𝗴𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 : votre avocat peut contester les éléments de preuve (calibration de l'éthylotest, régularité du procès-verbal, respect de la procédure linguistique). Les procès-verbaux de police ont une force probante particulière en Belgique – ils font foi jusqu'à preuve du contraire – mais cette preuve contraire peut être apportée.
𝗔𝗽𝗿𝗲̀𝘀 𝗹𝗲 𝗷𝘂𝗴𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 : vous avez 15 jours pour faire appel devant la Cour d'appel. C'est souvent le dernier recours pour réduire la durée de la déchéance.
𝗗𝗲𝗺𝗮𝗻𝗱𝗲 𝗱'𝗮𝗺𝗲́𝗻𝗮𝗴𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 : si la déchéance met en péril votre emploi, le juge peut accorder un permis limité aux trajets professionnels. Cette mesure exceptionnelle nécessite une argumentation solide et des preuves de nécessité absolue.